Les habitants de Moscou réclament des élections libres à la Douma

Kiev Station Moscow, Willem Van Genk

La température sociale ne cesse d’augmenter à Moscou. Un mouvement de contestation sociale a récemment émergé dans la perspective des élections locales prévues pour le 8 septembre 2019. Les manifestants exigent la tenue d’élections libres défiant ainsi le régime autoritaire de Vladimir Poutine.

Cette élection locale vise à élire les 45 députés de l’organe législatif de la capitale. La capitale russe a un statut particulier marqué par une séparation des pouvoirs entre un gouvernement et une assemblée monocamérale : la Douma de Moscou dont l’existence remonte à 1785. Ce parlement local est généralement chargé du contrôle des décisions du maire. Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, est un proche de Vladimir Poutine élu en 2018. Malgré la confiscation et le verrouillage du pouvoir en Russie, des mouvements de contestation émergent régulièrement en particulier à l’échelle locale.

Le mouvement pour des élections libres à la Douma a démarré après l’éviction d’une soixantaine de candidats d’opposition par la commission électorale. Des centaines d’habitants ont alors manifesté le 14 Juillet 2019 devant le siège de la commission électorale de Moscou pour exprimer leur indignation. Le rassemblement a été dispersé par la police et plusieurs dizaines de personnes ont été interpellées.

Voir la vidéo complète de cette action filmée par Sotavision https://www.youtube.com/watch?v=pEBZ_8WVptw).

La colère des Moscovites est d’autant plus forte que plusieurs dizaines de candidats ont été en mesure de déjouer une procédure contestée qui oblige les candidats à obtenir des signatures de soutien de 3% des électeurs de la circonscription. Les autorités ont alors cherché à invalider des centaines de signatures en se justifiant par toutes sortes de raisons absurdes.

« Ça y est, j’ai été officiellement retiré des élections. Les raisons : trop d’irrégularités dans les listes de signatures. Tous nos arguments ont été simplement ignorés. Ils ont refusé de regarder les déclarations écrites des citoyens qui confirmaient leur propre signature. Ils ont refusé d’écouter les électeurs qui se sont présentés aux réunions : ils n’ont tout simplement pas eu le droit d’entrer » (Lire le récit éclairant publié sur globalvoices.org https://fr.globalvoices.org/2019/07/23/238268/) .

La mobilisation a brusquement pris de l’ampleur le samedi 20 Juillet 2019 : 20 000 personnes se sont rassemblées dans le centre de Moscou pour exiger des élections libres. Il s’agit de l’un des plus important rassemblement de ces dernières années qui s’inscrit dans la lignée des protestations des élections législatives de décembre 2011, du mouvement anti-corruption de 2017-2018 et de nombreuses luttes locales face aux transformations urbaines de la capitale. Des mouvements similaires existent dans d’autres villes de la fédération de Russie.

A Moscou, la répression ne s’est pas fait attendre. Tout au long de la semaine, les autorités russes ont intimidé les manifestants en multipliant les arrestations et les perquisitions. Malgré l’interdiction de la manifestation , 3500 personnes ont marché vers l’Hôtel de ville de Moscou le 27 Juillet 2019. Ils ont été repoussé par un vaste dispositif policier qui a attaqué le cortège à plusieurs reprises en arrêtant des centaines de personnes et en repoussant les autres dans les rues adjacentes.

Ecouter le reportage de Léo Vidal-Giraud pour France info :https://www.francetvinfo.fr/monde/russie/tous-les-grands-changements-commencent-par-des-petits-pas-a-moscou-la-forte-repression-ne-decourage-pas-l-opposition-de-manifester_3554985.html).

Au total, plus de 1300 personnes ont été arrêtés et plusieurs dizaines ont été blessées. Parallèlement, deux télévisions indépendantes ont été perquisitionnés et Internet a été coupé dans l’après-midi.

La répression va-t-elle provoquer l’arrêt du mouvement ou son amplification ? La prochaine manifestation est prévu le 3 Août. S’il est difficile de prédire l’avenir du mouvement pour des élections libres à la Douma de Moscou, il apparaît clairement que les mobilisations se multiplient en Russie, comme la récente lutte victorieuse contre la destruction d’un parc à Ekaterinbourg.

Il n’y a tout simplement plus de pouvoir local en Russie, il a été usurpé, assène Roïzman, rencontré à Ekaterinbourg. On retire aux citoyens leur capacité de choisir. Plus rien ne se décide sans indication ou aval du pouvoir central. Or c’est une vision à très courte vue, c’est comme s’asseoir sur une Cocotte-Minute pour contenir les soucis et attendre que ça explose. » Cf l’article de Mediapart : https://www.mediapart.fr/journal/international/270719/en-russie-le-retour-de-la-politique-par-le-bas).

On est évidemment encore loin d’une crise du régime autoritaire russe mais ces mobilisations locales montrent qu’il existe une scène politique déterminée à agir pour la démocratie locale en Russie. Ils doivent être résolument soutenus par tous celles et celles qui défendent un autre monde possible et qui agissent pour l’émergence d’un nouveau municipalisme.

Plus d’infos en Français :

http://www.rfi.fr/europe/20190720-russie-manifestants-reclament-elections-locales-libres-navalny

https://www.francetvinfo.fr/monde/russie/tous-les-grands-changements-commencent-par-des-petits-pas-a-moscou-la-forte-repression-ne-decourage-pas-l-opposition-de-manifester_3554985.html

 

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